Quelques mots sur la symbolique des heures d'ouverture des commerces

Soumis par phil le mercredi, 8 septembre, 2004 - 21:25 Remarque
Contrôle socialÉconomie

La question des heures d'ouverture est souvent traitée avec légèreté dans les médias, comme si c'était une chicane sans intérêt (comme la couleur de la margarine). Pourtant je trouve que ça a une très grande pertinence au niveau symbolique. Quand on dit qu'on vit dans une société de plus en plus dirigée par l'économie, c'en est un super exemple.

Quiconque est déjà allé en Europe peut en témoigner: les magasins sont souvent fermés le dimanche et les midis (quoique c'est de moins en moins vrai). Ce n'est pas un hasard si ça arrive dans des pays où il y a davantage de protections sociales, ou du moins, des pays où des normes autres qu'économiques ont encore une bonne place.

L'avantage d'une société où la religion a encore une place importante, c'est qu'il y a des choses sacrées, comme par exemple: le dimanche, on ne travaille pas. Ces choses sacrées permettent souvent de soutenir l'esprit de communauté, de défendre celui-ci contre l'emprise de l'économie. À une certaine époque, l'État a réussi à assumer ce rôle à la place de l'Église, donnant des limites laïques à l'emprise du marché sur notre quotidien (par exemple, par la semaine normale de travail limitée à 44 heures). Mais cette époque semble tirer à sa fin.

Les heures d'ouverture qui augmentent, les garderies 24h, les pharmacies 24h, les librairies 24h (bientôt les centres d'achat 24h?), ça signifie que le temps exclu des rapports marchands diminue de plus en plus, autant pour les producteurs et employés que pour les consommateurs. Pour moi, la marchandisation du monde, ce n'est pas seulement la privatisation de l'eau ou de l'éducation, mais la colonisation progressive de notre quotidien par le marché. C'est la raison pour laquelle il faut imaginer des rapports plus sensés entre l'économique et le politique. À mon avis, cela devra se faire à l'extérieur du capitalisme, qui est d'une voracité inégalable.

Re: Quelques mots sur la symbolique des heures d'ouverture des c

by Anonyme on 9 novembre, 2004 - 17:55Score: 2

Effectivement il n'y a rien d'insignifiant dans ce geste. Il faut y voir toute la vacuité de notre système de valeurs. Notre existence moderne ne trouve plus de sens que dans le geste de consommer. Nous ne nous identifions qu'à travers l'image que nous projetons. L'achat impulsif est devenu un geste d'autogratification, sûrement pour occulter la culpabilité de travailler autant d'heures. Nous sommes consumés par notre boulimie de consommer, esclave de ce fait d'un maitre qui ne sera jamais satisfait. Il y aura toujours mieux a posséder, plus gros, plus vite, plus cool.

Bien sûr que la demande sera là afin de rendre plus disponible ces temples de la consommation. Les "centres d'achats" sont les cathédrales modernes de cette religion. On y investit des sommes incroyables pour les barder de richesses et de luxe tel les Églises du siècle passé.

À quand la révolution tranquille pour se libérer du joug de ces nouveaux curés? À quand la conscience collective du cul-de-sac social vers lequel nous nous dirigeons? À quand la prise en mains de nos vie au lieu des Tommy Hillfigger, Pepsi, BMW, Apple, Cadillac Fairview, Wall-Mart et cie de se monde?

Re: Quelques mots sur la symbolique des heures d'ouverture des c

by Anonyme on 17 octobre, 2004 - 22:03Score: 1

Les Nouveaux-Écossais se sont prononcés par voie de référendum ce samedi 16 octobre 2004 contre l'ouverture des commerces le dimanche. Cette décision serait surtout redevable aux habitants de régions rurales, aux pressions de groupes religieux et de mouvements écologistes. Comme quoi, il y a encore un petit groupe d'irréductibles prêts à se passer de bébelles et d’autres cossins pour profiter d'une journée de congé!

La culture

by tatien on 23 septembre, 2004 - 17:09Score: 1

C'est intéressant, ce que tu dis. Ça me rappele une petite anecdote. L'été dernier, j'ai séjourné 4 mois en Suisse française. Il m'est arrivé super souvent de me retrouver un dimanche avec rien dans le frigo ou de manquer de papier de toilette et, bien sûr, il n'y a RIEN d'ouvert le dimanche. J'étais vraiment frustré quand c'est arrivé et le pire, c'est que j'étais jamais choqué contre moi mais contre la culture Suisse au complet! (maudite gang de religieux arriérés à marde!) C'est un des chocs culturels que j'ai vécu... c'est dire à quel point c'est entré dans notre culture!

 

L'Espagne

by anarcat on 5 octobre, 2004 - 00:13Score: 1

En Espagne, non seulement la plupart des commerces sont fermés le dimanche, mais en plus, il y a la "siesta". C'est une période vaguement définie comme étant entre 13h et 16 ou 17h, où plusieurs commerces ferment. C'est qu'il fait bien chaud parfois, alors c'est justifié de fermer et prendre une pause.

Les rythmes de vie sont très différents là-bas: lunch environ durant la sieste, et souper le soir tard: plusieurs restaurants n'ouvrent qu'à 20h.

Est-ce que l'on pourrait alors dire que l'Espagne résiste culturellement à l'hégémonie économique du "ouvert le plusse"? Je ne sais pas trop: les commerces sont quand même ouverts, seulement à des heures différentes.

Re: Quelques mots sur la symbolique des heures d'ouverture des c

by Anonyme on 20 septembre, 2004 - 19:26Score: 1

Il faut se demander pourquoi les locataires des centres commerciaux s'objectent à l'idée d'ouvrir leur magasin 9 heures de plus par semaine?

On pouvait déjà remarquer que les grosses chaînes qui se retrouvent dans les centres d'achats avaient la possibilité d'ouvrir leur établissement par des portes menant directement à l'extérieur. N'entraînant pas l'ouverture forcée du centre d'achat en son entier. On parle ici des gros magasins à rayons, les épiceries, quincailleries et autres.

En plus, cette mesure est normalement en fonction durant le temps des fêtes.(On parle ici de la sacro-sainte fête commerciale de Noël.)

C'est dans un centre d'achat appartenant à Cadillac-Fairview que l'histoire a commencée. Et ce sont quelques propriétaires de petites boutiques qui ont entammer le mouvement. Ces boutiques ne sont jamais ouvert au même heure pour chacun d'eux. Vous n'avez qu'à visiter un centre d'achat tôt le matin pour s'apercevoir que les commerces ouvrent à des heures différentes.

Alors, est-ce que l'opération de protestation ne serait pas une stratégie de relation publique bien rôdée? Il n'y a pas de complicité directe entre les propriétaires et les locataires, mais simplement une prédiction naturelle de la réponse des petits commerces.

Car dans les faits, qui au Québec n'est pas au courant que les centres d'achats sont maintenant ouvert tous les soirs de semaine? La preuve, on en parle sur même sur l'insomniaque!

 

Les heures d'ouverture: un coup publicitaire?

by phil on 21 septembre, 2004 - 17:11Score: 1

Il est possible que les "protestations" de commerçants soient orchestrées dans le but de faire savoir aux gens, indirectement, que le centre d'achats Fairview est maintenant ouvert jusqu'à 21h. Cependant, cette hypothèse n'explique pas pourquoi le reste de la population a réagi, et n'explique pas non plus pourquoi on a décidé d'ouvrir jusqu'à 21h (ce que j'essayais de faire dans ma remarque). De toute manière, s'il fallait s'empêcher de critiquer certaines initiatives par crainte de contribuer à leur publicité, on ne pourrait plus critiquer grand chose...

Re: Quelques mots sur la symbolique des heures d'ouverture des c

by Space Roger on 10 septembre, 2004 - 20:30Score: 1

L'argument majeur des propriétaires de commerces qui veulent ouvrir leur magasin plus longtemps est que "dans la société d'aujourd'hui, où tout le monde manque de temps, nos clients sont donc heureux de pouvoir profiter de quelques heures de plus pour faire leurs emplettes". Quand on met cet argument en relation avec ton texte, on se demande où ça va s'arrêter: les gens ont de moins en moins de temps justement parce que la société (de consommation) demande de plus en plus d'eux!

 

Re: Re: Quelques mots sur la symbolique des heures d'ouverture d

by phil on 13 septembre, 2004 - 22:00Score: 1

C'est vrai! D'ailleurs c'est un peu ce qu'on a dit quand les premières garderies 24h ont ouvert: les parents doivent travailler, souvent à des heures ingrates, alors la garderie permet de pallier à leur manque de disponibilité.

En fait c'est plutôt paradoxal (comme tu l'as dit), parce que en voulant soi-disant donner plus de temps aux gens, on transforme toujours davantage d'heures en heures de "disponibilité économique" (emploi, consommation). C'est une fuite en avant...